Bonne résolution 2009…

On l’attend depuis 53 ans alors après Chinese Democracy de G’n R et bientôt Detox de Dre, le dernier Salinger sortira peut-être cette année?
La blague de l’année

Non, 2008 n’a pas été une année sinistrée pour le hip hop. Pourtant, on aurait pu avoir des doutes sur la santé du cadavre. L’écart entre la frange qui cuit sous les projecteurs et celle moins exposée qui se gèle dans le métro est de plus en plus marqué. La première est un peu sclérosée -côté lyrics c’est l’électro-encéphalogramme plat- même si quelques audaces sonores laisse un certain espoir (d’aucuns y verront surtout une sévère popisation prompte à faire défiler la maille —mais soyons éhontément naïfs, c’est meilleur pour le moral). L’exemple parfait étant Lil’Wayne, avec son sympa Carter III, mais dont l’intérêt s’effiloche rapidement au fil des écoutes… et l’imposture devient flagrante en live. Alors qui? Common? Ludacris? T.I? Bof… Jay-z reste peut être le seul dans cette catégorie, avec son American Gangster (ah, c’était en 2007, bon…). Il y a bien sûr les vieux briscards de Public Enemy (How to Sell Soul…), Q-Tip (le génial The Renaissance -après tellement d’embûches et d’albums annulés!) et EPMD (We Mean Business) qui tirent leur épingle du jeu, mais on ne peut pas dire qu’ils font souvent la couv’ (ce qui dans le cas de P.E. est un scandale vu le niveau de leur millesime)
Mais en fouillant un peu (voire beaucoup car les magazines français, type Inrocks continue d’ostraciser le rap*), combien de Black Milk (Tronic), Jean Grae (Evil Jeanius), Moe Pope & Headnodic (Megaphone), Prolyphic & Reanimator (The Ugly Truth), Jake One (White Van Music), Evidence (The Layover EP), Reks (Grey Hairs), Guilty Simpson (Ode to the Ghetto), Elzhi (The Preface), DJ Revolution (King of the decks), Termanology (la mixtape If Heaven Was A Mile Away), Illa J (Yancey Boys) ou Foreign Exchange (Leave It All Behind)… Sans oublier l’un des disques les plus frais et sincère depuis des lustres : Intuition, Stories about Nothing…
Côté français, rien, comme chaque année… Ah, si! Pardon, l’habitude. Dela, avec Change of Atmosphere. Evidemment, ce n’est disponible qu’au Japon. C’eût été trop beau.
Bien sûr j’ai gardé le meilleur pour la fin. Kanye West et son virage Human League. Pourquoi pas. Le disque s’écoute. Un désastre en live aussi, mais on a l’habitude maintenant. Mais c’est surtout la naissance d’un nouveau style musical, d’après le magnat hipster himself, enfin, d’une nouvelle danse : la valse hésitation sur l’air de « être ou ne pas être hip hop? ». Mais après les mines boudeuses qui ont accueilli ses « Je n’écoute plus de hip hop » et « Je ne veux pas être le 10 000 ème artiste hip hop » Kanye nous a vite fait le coup de « Mais non c’était juste une blague, héhé » (rire embarrassé)… Depuis, je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrête pas de penser à Miles Davis. L’oeil noir, il disait ne pas faire de Jazz et quand il disait ça, étrangement, ça sonnait comme « Fuck You » !
(*) S’ils savaient que David Foster Wallace a écrit un livre sur le Hip-Hop en 90, Signifying Rappers, peut-être leur racisme intellectuel se teinterait-il au moins d’intérêt condescendant?
Grimoire, mon beau grimoire
Enfin. J’ai enfin pu me replonger dans la fange de la sous-littérature, des romans de gare écrits à la chaîne. Depuis tant d’années, j’hésitais à me replonger dans King ou Moorcock. McSweeney’s m’a aidé à faire le premier pas, en publiant en collection blanche immaculée cette littérature noire qui tâche. Méga-anthologie d’histoires effroyables, à la n.r.f., un épais volume avec certes Nick Hornby et Rick Moody mais aussi les 2 monstres sus-cités ainsi que Michaël Crichton (rip, l’auteur de Jurassic Park et Urgences), Harlan Ellison (star de la SF au USA, mais peu connu ici… scénariste de Star Trek entre autres) ou Elmore Leonard… Voilà, même pas honte!
Pris de fièvre, j’ai acheté dans la foulé Carrie de Stephen King évidemment, grâce à sa couverture pas trop moche (édition Hodder)…

Pas mal…
L’âge de l’hydrogène
La matière précieuse après laquelle court le Super Vilain (Matthieu Amalric) n’est pas le pétrole, mais l’eau —il n’y a guère plus que quelques dictateurs attardés et transpirants à la Rastapopoulos qui puissent encore croire à la valeur de l’or noir. James Bond, lui a toujours (au moins) une longueur d’avance arrive à la fin, triomphant, dans une Ford Hydrogen. Le détail est presque subliminal et on regrette que les véléités publicitaire ne soient pas plus assumées.
Mais peut être est-ce l’occasion de relire Jeremy Rifkin?
Epigone
La galerie Greta Meert présente en ce moment à Bruxelles une bien étrange exposition, fruit de la rencontre d’un jeune plasticien Koen Van Den Broek et du maître John Baldessari. « Maître » est en général un mot que, dans ce contexte, l’on manipule avec des guillemets, mais on l’occurrence il ne sied on ne peut mieux. Non que Baldessari ait guidé d’une main autoritaire la conduite des opérations mais il semble au vu des oeuvres que Van der Broek se situe dans une filiation formelle directe approuvée par son aîné. A partir des archives photographiques de Baldessari documentant un âge classique de l’industrie hollywoodienne (mais finalement assez anonyme), Van den Broek réalise des peintures dans la lignée directe des interventions colorées de Baldessari sur des photos. Seul le trait diffère, car autant celui de Baldessari est géométrique et rigoureux, autant celui de Van den Broek est manuel et physique, conjuguant ainsi deux courants a priori contradictoires ou du moins parallèles. Au travers de cette rencontre, ils semblent, volontairement ou non, faire honneur à la tradition de l’épigone que Eric Duyckaerts évoquait non sans humour dans son recueil « Théories tentatives ».
La route
Je viens de finir La Route, de Cormac McCarthy, road movie post-apocalyptique, avec un vieux caddie rouillé en guise de voiture. Les thématiques de McCarthy sont souvent limpides, voire évidentes et universelles à tel point qu’elles en deviennent simplistes (le Bien / le Mal, la perte de la foi etc…). Toutefois, cela permet à l’auteur de dessiner un récit d’un seul trait, sans une once de gras : l’émotion s’y déploie sans détour et évoque ces classiques américains qu’on lit enfant, comme La Perle de Steinbeck.
C’est aussi l’occasion de voir comment la (grande) littérature traite de ce symptôme dont l’amérique a du mal à se guérir (*): les fantasmes d’épidémie, de cataclysme et de fin de la civilisation, qui hantent littéralement le cinéma actuel.
Juste retour des choses, La Route est en cour d’adaptation —l’écriture de McCarthy s’y prêtant particulièrement bien. Heureusement, le cinéma américain semble avoir dépassé l’âge puéril de l’happy-end obligatoire. Le film sera réalisé par John Hillcoat, dont le premier film, The Proposition (un eastern crépusculaire?) scénarisé et mis en musique par Nick Cave, n’a jamais trouvé la voie des écrans français.
(*) : dans un style radicalement opposé —extravagant, délirant, grand guignol— on peut lire aussi Peste (Rant en v.o.) de Chuck Palahniuk.
Champignons de Paris
Une courte expo —une semaine— à Komplot, dans le quartier Louise à Bruxelles… A voir, non seulement pour la programmation préstigieuse (Grasso, Prévieux, Pflumm…) mais surtout pour soutenir ce petit lieu, dont la politique curatoriale est unique dans le paysage bruxellois.
Cette expo est programmé dans le cadre du Off de la première Biennale de Bruxelles, sur laquelle je reviendrai sûrement plus tard…
Tant que vous être dans le coin, pensez à faire un petit détour par la toute récente Galerie De Simpel.
Avec Obadia et Rech (avec un artiste hype que j’aime coupablement : Anselme Reyle) qui ouvrent une antenne dans la capitale, il semblerait que l’art contemporain s’y épanouisse plutôt bien.
I feel good
C’est décidé, je vais écrire des chansons douces amères avec des histoires intimes et universelles. Pourquoi cette envie soudaine? Pas seulement parce que je rêve de grandes étendues américaines ou que j’ai des fantasmes de Chicago ou de San Francisco, mais simplement parce que je viens de voir un concert de Nele Van Den Broeck, qui est presque trop jeune pour être la fille cachée de Jonathan Richman et de Moe Tucker, mais qui a hérité de leur joyeuse mélancolie… Si les frères Dardenne se mettaient soudainement aux feel-good movies (Juno à la place de Rosetta en gros), ce pourrait être la bande son idéale.





